« C'est moi l'crisse de fou... »

En ce moment je suis poursuivi par le Québec, le prog et l'année 1975. Plus précisément, plein de groupes de rock progressif qui ont sorti d'excellents albums en 1975 (Octobre, Sloche, Beau Dommage, Maneige, Morse Code et bien sûr Harmonium). Ce matin il a neigé. Bon, quoi de plus étonnant, finalement, qu'hier j'aie regardé C.R.A.Z.Y., un film québécois de 2005 qui se déroule majoritairement en 1975 et dont le héros écoute des monuments du prog anglais comme Space Oddity de Bowie et Pink Floyd ? Hein ? Je vous le demande.

Hormis cette délicieuse coïncidence (merci quand même à tinou pour son précieux conseil !), ce long-métrage est une chronique familiale douce-amère se déroulant entre 1960 et les années 80, et centrée sur la naissance et la jeunesse de Zachary. Son personnage est prétexte à aborder plusieurs thématiques : la croyance en Dieu, la recherche de son identité émotionnelle et sexuelle, et la relation entretenue avec sa famille. Quatrième d'une famille catholique de cinq garçons, on suit Zachary dans ses premières années où il est surtout marqué par l'omniprésence de la religion : il a failli mourir immédiatement par deux fois le jour de sa naissance (à Noël !). Ce petit miraculé apprend par la suite qu'il est capable de prodiguer des miracles en faisant s'arrêter le sang de couler et en soignant les brûlures. Lui n'y croit pas, nous non plus, mais sa famille a bien le droit d'avoir des ambitions pour lui, non ? La mienne a bien cru que j'étais un petit génie. En tout cas, Zachary lui, n'aime décidément pas Noël. La messe de minuit l'ennuie au plus haut point (il fantasme son envol vers les cieux tandis que le public de l'église chantonne Sympathy for the Devil !), et ces parallèles (jamais énoncés clairement dans le film) sur sa parenté à Jésus ne l'empêchent pas de recevoir systématiquement des cadeaux à côté de la plaque de la part de ses parents. Mon père, ce héros ? Sa relation avec lui est le point crucial du film.

A moins que ce ne soit... l'étonnement constant pour nos oreilles. Ahh, ces fameux accents québécois. Je remercie les auteurs du DVD à avoir pensé à sous-titrer les phrases les plus compliquées à décrypter, mais quelques questionnements sur la langue resteront là où il sont... Ce qui contribue probablement à l'aura de mystère de l'oeuvre. Tout comme la cruelle absence d'ambiances musicales pendant la majeure partie des scènes du film contribue grandement à augmenter l'impact des scènes accompagnées. Et se payer des extraits des stars de la musique des années 60-70 n'a rien de gratuit pour un petit film : près de 10% du budget y est passé... Soit dit en passant, je suis d'accord avec l'article dans le sens où les artistes québécois cités au début du billet auraient bien mérité une place dans le film ! Quant aux compositions originales, elles sont rares, et le générique de fin fait furieusement penser à un plagiat instrumental (et paradoxalement plutôt original) du Creep de Radiohead... Mais à part ces Anglais partis en roue libre depuis des années, qui viendrait s'en plaindre ?

Je ne décrirai pas plus avant le scénario, je ne ferais qu'en en dévoiler tous les tenants et aboutissants. Je me bornerai juste à dire qu'il y avait bien longtemps que je n'avais pas vu un script aussi bien écrit, et une mise en scène aussi inventive et léchée malgré un manque de moyens évident. L'histoire ne nous met jamais devant le fait accompli. Les petits détails font mouche, et c'est presque une enquête policière qu'on ouvre soi-même pour comprendre à quel point les nombreuses références christiques sont adaptées à l'évolution mentale du héros : Noël, mort et renaissance, miracles espérés, crucifix, Jérusalem, relation entre Jésus et ses apôtres, la marche dans le désert, les pas dans le sable et dans la neige, j'en passe et des meilleures...

La thématique religieuse du film, si elle est probablement la plus finement exploitée, tire sa révérence devant la beauté poignante de la relation entre un père et un fils qui ne se comprennent plus, qui s'aiment mais ne savent plus comment se le dire. Ils sont l'âme du film, qui se fond avec une élégance confondante dans l'évolution culturelle et sociale du Québec des années 60 et 70. L'auteur oppose par exemple les univers musicaux entre eux (Aznavour et Patsy Cline contre Stones, Bowie et Floyd) pour finalement montrer que les émotions musicales ressenties sont les mêmes, quelle que soit la musique que l'on écoute. La différence entre les générations, là aussi culturelle et sociale, est-elle palpable ou imaginaire ? CRAZY donne un début de réponse flamboyant à cette éternelle question...

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Crazy est un excellent film que j'ai découvert au cinéma l'année dernière. Je ne conseil également vivement à toute personne qui veut s'adonner à la découverte d'un cinéma différent des canons actuels, nous invitant à réfléchir sur nous même et notre relation à la société. Ce film, d'une fraîcheur salutaire est selon moi un des musts du cinéma 'alternatif' de 2006... et puis, on s'en paye parfois une bonne tranche à l'écoute de certaines expressions si différentes des nôtres (et fort heureusement sous-titrées au cinema pour la plupart).

Bon ben... a+

Spielou le train-en-bout

Tiens le patwon a fait un billet sur un film qu'il est bien!  :)

J'aime bien les vocables quebecois, ptit fiff, manger des graines, toussa...

Et puis bon la musique kwa...  :rougit:

Je suis nostalgique d'une epoque que je n'ai pas connut. Pi l'acteur principal est beau. Un des meilleurs films de l'annee 2006 pour moi.

Offline Nao/Gilles

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Merci Spielou pour ton avis  :copains:
Tiens le patwon a fait un billet sur un film qu'il est bien!  :)
Saloupiaud va, tu voulais pas lancer la danse ? C'est pour toi (et Milady) que je l'ai écrit, ce billet :mdr:
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Je suis nostalgique d'une epoque que je n'ai pas connut.
Idem... Et étrangement, il y a encore quelques années, je n'aimais pas du tout les années 70. Souvenirs lointains de cette prédominance de la couleur orange et du plastique... Et puis en fait, je crois que le déclic est venu d'Orange Mécanique... C'était tellement too much dans la déco (costumes et appartement des parents du héros) que ça m'a débecté, alors que je trouvais le film génial, et au fil des ans, ça a fini par me séduire...
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Pi l'acteur principal est beau.
Ouais mais chuis pas un fiff donc ça me touche pas plus que ça :mdr:
A part que ça fait de beaux screenshots pour le blog. Franchement, la scène où il chante Space Oddity est à pleurer de beauté ! Je crois que c'est ma scène préférée du film...

Moi aussi je l'aime bien cette scene....  :snif:

Mais ce qui m'a le plus marque, c'est son voyage a la fin, et la transformation qu'il y subit... On le sent vraiment different quand il revient, plus mur, sur de lui. Il a "vecu".

Et puis le pere est impayable quand il ressort son Aznavour....  :mdr:

PS: je me rends compte que ne pas ecrire sur un clavier francais depuis 4 ans me fait completement oublie la langue francaise...les accents, participes, tout ca...

Offline Nao/Gilles

  • Admin
Moi aussi je l'aime bien cette scene....  :snif:

Mais ce qui m'a le plus marque, c'est son voyage a la fin, et la transformation qu'il y subit... On le sent vraiment different quand il revient, plus mur, sur de lui. Il a "vecu".
Ah oui, forcément... Tu t'es retrouvé dans ces scènes, j'imagine ?
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Et puis le pere est impayable quand il ressort son Aznavour....  :mdr:
Et il lui ressemble, c'est ça le pire !
Et puis j'adore les chansons qu'il nous sert... Belles paroles, mélodies intemporelles... On peut aimer Aznavour et le prog à la fois ! :niark:
(Suffit d'écouter le chant très Aznavourien du fameux Raôul Duguay sur "Maneige ~ Les porches de Notre-Dame" dans la section Outre-France (Québec) du site prog...)
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PS: je me rends compte que ne pas ecrire sur un clavier francais depuis 4 ans me fait completement oublie la langue francaise...les accents, participes, tout ca...
L ortografe c haz been 2 tte maniere

Moi aussi je l'aime bien cette scene....  :snif:

Mais ce qui m'a le plus marque, c'est son voyage a la fin, et la transformation qu'il y subit... On le sent vraiment different quand il revient, plus mur, sur de lui. Il a "vecu".
Ah oui, forcément... Tu t'es retrouvé dans ces scènes, j'imagine ?
Non pas specialement  :p . Mais j'espere suivre le meme genre de voies dans la vie... Surtout a l'epoque voyager comme il l'a fait, meme si c'etait tres repandu (dans ma famille ils ont tous fait ca dans les 70s) et a la mode, n'a plus grand chose a voir avec voyager routard maintenant, ou tout est devenu tellement plus simple. C'est pour ca que j'essaye de me donner du mal pour aller vers des destinations "pas evidentes", meme si la Nouvelle-Zelande dernierement a ete un peu une sorte de "pause" dans cette idee.  :p
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Et puis le pere est impayable quand il ressort son Aznavour....  :mdr:
Et il lui ressemble, c'est ça le pire !
Et puis j'adore les chansons qu'il nous sert... Belles paroles, mélodies intemporelles... On peut aimer Aznavour et le prog à la fois ! :niark:
(Suffit d'écouter le chant très Aznavourien du fameux Raôul Duguay sur "Maneige ~ Les porches de Notre-Dame" dans la section Outre-France (Québec) du site prog...)
A vrai dire le partenaire des mousquetaires de la distribution, je ne connais pas du tout Aznavour. Bien sur j'ai deja entendu de ses chansons, mais savoir qu'elles sont de lui... Meme celle-ci qui est hyper connue, que j'ai deja entendue moult fois dans ma vie, je ne savais pas qu'elle etait d'Aznavour.  :^^;:

Offline Nao/Gilles

  • Admin
Non pas specialement  :p . Mais j'espere suivre le meme genre de voies dans la vie... Surtout a l'epoque voyager comme il l'a fait, meme si c'etait tres repandu (dans ma famille ils ont tous fait ca dans les 70s) et a la mode, n'a plus grand chose a voir avec voyager routard maintenant, ou tout est devenu tellement plus simple.
Tu trouves ?
Bon, je suis sans doute pas un routard dans l'âme alors... :sifflote:
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A vrai dire le partenaire des mousquetaires de la distribution, je ne connais pas du tout Aznavour. Bien sur j'ai deja entendu de ses chansons, mais savoir qu'elles sont de lui... Meme celle-ci qui est hyper connue, que j'ai deja entendue moult fois dans ma vie, je ne savais pas qu'elle etait d'Aznavour.  :^^;:
Ah ouais, ok ;)
"Je m'voyais déjà, en haut de l'afficheuhhh..." Ca te dit rien ?