Je viens de lire...

Bon allez, je me lance.
L'une des raisons pour lesquelles j'ai ouvert ce blog, c'est pour pouvoir y parler de choses sans rapport avec l'animation japonaise. Et particulièrement de ça. Je n'ai jamais été un grand lecteur... En fait jusqu'à cet été, j'avais dû lire une cinquantaine de livres dans toute ma vie, dont la moitié était constituée de romans et nouvelles de Fredric Brown.

Cet auteur passionnant, accessible et aux nouvelles hilarantes, avait immédiatement capté mon attention dans ma jeunesse avec le recueil de nouvelles "Une étoile m'a dit". J'ai découvert et adulé par la suite ses autres livres, dont "Martiens go home" et le fascinant "L'univers en folie". Au début de cette année, un petit éditeur (Coda) a entrepris de sortir l'intégralité de ses nouvelles dans leur ordre chronologique de parution (ou d'écriture, ça n'a pas d'importance). Je me suis délecté du premier volume (le second est, enfin !!, annoncé pour Noël). Je ne lisais plus beaucoup de livres ces dernières années, me concentrant d'abord sur la BD japonaise, puis à partir de janvier 2002 délaissant celle-ci (sauf le toujours succulent Jojo et quelques rares autres oeuvres) pour la bande dessinée française, principalement indépendante, grâce aux travaux de Lewis Trondheim (qui prend sa retraite de dessinateur, quelle tristesse !), Joann Sfar (décidément l'auteur le plus prolifique et le plus passionnant de cette décennie) et Manu Larcenet (qui m'a surpris ces derniers mois en sortant des albums très profonds). Le seul roman qui m'ait marqué ces dernières années était Gloriana de Michael Moorcock, lu pendant mon séjour en Australie en décembre 2001 (mon baptême de l'air, qui m'aura laissé des séquelles permanentes à l'audition de l'oreille gauche, comme quoi). Je l'ai mis sur un piédestal et j'ai considéré qu'aucun livre ne pourrait atteindre ce niveau. Quelque part, c'est vrai, c'est un bouleversant chef-d'oeuvre situé dans un univers victorien fantaisiste complexifié par des intrigues politiques passionnantes. Exactement ce qu'il faut pour me plaire (j'ai toujours adoré la période victorienne). J'ai également lu avec beaucoup de plaisir le Candide illustré par Joann Sfar, uniquement par respect pour ce dernier (dont j'ai quitté la mailing list récemment parce que j'étais triste de constater qu'il n'y avait pas posté depuis un an), ce qui m'a permis de découvrir ce que j'avais raté au collège quand on nous avait "forcé" à lire le livre, et que je m'étais contenté d'en lire quelques pages par-ci par-là pour en faire un compte-rendu... Quel contraste !

J'y arrive... Cet été, j'ai vu Harry Potter 3 et je l'ai trouvé bien meilleur que les deux précédents. A tel point que j'ai eu envie de lire le quatrième tome, "histoire de savoir"... Grand bien m'en a pris. Sa longueur phénoménale (plus de 700 pages) m'a d'abord inquiété, mais j'avais "pris le coup" avec les 600 pages de Gloriana et je l'ai terminé en deux jours. Quelle joie ! Un page-turner formidable qui ne ménage pas son lecteur, et lui offre des scènes terriblement marquantes. C'était fin juin 2004.

En juillet, j'ai voulu continuer sur cette lancée et découvrir d'autres livres. J'ai d'abord, sur les conseils de mon ami Patrick Marcel (rédacteur en chef du vénérable et regretté fanzine Mangazone, et des débuts de Tsunami), dévoré les livres d'un autre de ses amis, Neil Gaiman, dont il est le traducteur sur plusieurs oeuvres, notamment "De bons présages", qui m'a tout de suite intéressé par son humour Pythonesque et sa thématique sur l'Antéchrist (j'aime aussi beaucoup les histoires d'anges et de démons). Un vrai plaisir. J'ai continué sur ma lancée et lu tous les autres livres de Gaiman. Stardust : chef-d'oeuvre de la littérature de fantasy, variation passionnante sur les contes de fée. American Gods : une aventure épique parmi les incarnations modernes des dieux scandinaves, voilà de quoi passionner le fan de Saint Seiya Asgard (et de mythologie nordique) que je suis depuis toujours. Sandman a aussi droit à un merveilleux album, qui m'a beaucoup réconcilié avec les comics (voilà un auteur que je range avec fierté à côté de mes J. Michael Straczynski et des classiques d'Alan Moore).

Après avoir terminé les aventures de Neil Gaiman (du moins la plupart), et ayant été un peu déçu par ce qui restait de lui et m'intéressait moins (ses livres illustrés pour les enfants par exemple), il m'a fallu trouver de nouveaux intérêts pour rester sur ma lancée (parce que je savais que si je m'arrêtais une semaine de lire, je n'aurais pas le courage de continuer). Ce fut par exemple Agatha Christie qui réussit à m'intéresser. Non pas à travers "Dix petits nègres" qui m'a franchement laissé de glace, mais par exemple ses nouvelles méconnues de Parker Pyne, puis le mémorable Le meurtre de Roger Ackroyd (à conseiller à tous ceux qui n'ont jamais lu de roman policier de leur vie).

On en arrive au mois d'août... J'ai beaucoup travaillé ce mois-là, et dès que je voulais me reposer un peu, je sortais un livre et je le dévorais. J'ai lu au total vingt romans ce mois-là, soit presque autant que ce que j'avais lu dans toute ma jeunesse...!

La véritable révélation de ce fameux mois d'août, ce fut Philip Pullman. J'en avais entendu parler comme d'un auteur aussi révéré que J.K. Rowling, et presque aussi bien vendu qu'elle outre-Manche. J'ai donc tenté ma chance avec Les royaumes du Nord, première partie de la trilogie His Dark Materials (A la croisée des mondes), connue dans le monde entier. Quelle délectation ! Un livre écrit pour les enfants mais destiné aux adultes, écrit de manière pas trop rébarbative mais qui émerveille constamment par son intelligence et sa volonté de ne pas choisir les solutions les plus simples... Il y avait là-dedans quelque chose de vraiment neuf pour moi. Voilà que quelqu'un faisait déjà concurrence à mes Neil Gaiman, Fredric Brown et compagnie ! Mais le dernier livre de la trilogie est vraiment celui qui m'a le plus conquis... Je crois que personne ne pourra prétendre le contraire. On y parle de philosophie, de théologie, de la Genèse revisitée, et d'une histoire d'amour déchirante et sublime à la fois. C'est le genre d'oeuvre qui vous reste dans la tête des années après.

Dès lors je suis reparti sur mon principe d'acheter tous les livres du même auteur. Je passe rapidement sur ses livres "vraiment" destinés aux enfants, qui restent toutefois un plaisir à lire, pour me concentrer sur sa tétralogie qui le fit connaître dans les années 80 avant qu'il n'entâme His Dark Materials... Je parle ici de Sally Lockhart. Allez, on ne me la fait pas : un roman aventure-policier situé dans un Londres victorien ? C'est tout à fait pour moi merci...!

J'ai donc dévoré le premier livre avec beaucoup d'enthousiasme. S'il ne m'a pas autant convaincu que le premier His Dark Materials, je suis resté abasourdi par les derniers chapitres, remplis de non-dits et de textes nécessitant de la part du lecteur un investissement personnel. Il est vraiment gratifiant de devoir se souvenir d'événements anodins intervenus 200 pages plus tôt pour tirer ses propres conclusions sur l'histoire. J'ai donc entamé le second livre avec tout autant d'intérêt... Mais je ne m'attendais pas à ça !

Si La malédiction du rubis nous montre avec beaucoup de détail et parfois de cruauté les bas-fonds de Londres, Le mystère de l'Etoile Polaire s'attache lui à discuter des méandres de l'industrie de la guerre. Le sujet ne paraît pas très intéressant à première vue, et pourtant... Pour ceux qui connaissent, on retrouve un peu de l'esprit du Watchmen d'Alan Moore, sorti vers la même époque. Sauf que si Watchmen est utopique, l'Etoile Polaire choisit lui la voie d'une philosophie plus réaliste. Mais en dehors du discours passionnant du livre, se dénoue un drame déchirant pour les personnages, qui m'a permis de retrouver des émotions longtemps enfouies. C'est la première fois qu'un livre se permet non seulement de m'émouvoir au point de verser des larmes, mais de les entretenir sur plus d'une centaine de pages. Un chef-d'oeuvre, tout simplement.

Le troisième volume, La vengeance du tigre, est beaucoup plus long, et s'intéresse cette fois à la naissance des mouvements socialistes. Le propos est toujours aussi passionnant, et la première moitié du livre est tout simplement palpitante, mais j'ai regretté de ne pas y retrouver la même intensité dramatique que dans le précédent opus. Mais il reste un livre formidable, qui traduit merveilleusement la maturation d'une héroïne et d'un auteur définitivement à suivre.

Le quatrième livre, enfin, se situe un peu à part. La princesse de Razkavie, qui vient de sortir dans les bonnes librairies (et étrangement, je pense à Carrefour et non à la Fnac ni à Virgin ici), ne met en scène l'héroïne Sally que dans les premières et les dernières pages. Elle chapeaute ici un peu une histoire entièrement dédiée à son jeune ami Jim Taylor et à un personnage qui avait laissé une forte impression dans le premier roman et qu'on n'avait plus eu la joie de revoir depuis. Ecrite juste avant "Les royaumes du Nord", l'histoire tourne également autour d'une thématique, cette fois à l'opposé des bas-fonds des premiers Sally Lockhart : la vie d'une reine dans un petit royaume imaginaire entre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie.

Moins émouvant là aussi mais doté d'une fin à la fois étrange, déconcertante et satisfaisante, cliché et originale en même temps (oui je sais, c'est étrange à dire comme ça), Pullman réussit à insuffler un véritable degré de réalisme dans sa description de la Cour Royale et des nombreux complots qui la déstabilisent. On retrouve également beaucoup d'action palpitante, et des personnages qui ne s'avouent jamais vaincus, même si, pour une fois, on nous rappelle à la fin (à la fin dans l'avant-dernier chapitre et dans la dernière page) qu'il faut se réveiller et savoir prendre la mesure de ses responsabilités. Aucune concession n'est faite à l'art romanesque, et pourtant un grand sentiment d'amour m'a submergé à la lecture de ce livre.

Voilà, je viens de le terminer et j'ai enfin trouvé la force de vous parler de toutes ces choses. J'espère avoir pu transmettre un peu de mon enthousiasme et vous encourager à découvrir ces auteurs passionnants.

Quant à moi, j'attendrai patiemment un hypothétique cinquième Sally Lockhart, Pullman ayant lui-même reconnu que ses personnages avaient encore leur mot à dire. La patience est un plat qui n'attend pas la valeur des années qui se mangent froides. Ou quelque chose comme ça !

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Offline Nao/Gilles

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C'était dans l'université invisible, dans une salle genre une bibliothèque, il y avait un truc à faire avec un balai, ou avec la malle magique, je ne sais plus bien...! Comme je te dis, c'était un bug, pas un blocage dû à un manque d'inspiration ! ^^

Offline Nao/Gilles

  • Admin
Intéressant... Je reviens sur ce billet pour parler de Philip Pullman, et je tombe sur une conversation à propos du Disque-Monde ;)
Je ne me souvenais pas avoir lu 100 pages du premier ! J'aurais plutôt dit 20 ou 30 pages... A mon deuxième essai, j'ai réussi à dépasser les 200, youhou. Ne reste plus que la dernière partie à lire... Je m'y collerai un de ces jours.

Bon, que dire à part que depuis quelques mois j'ai réussi à me plonger dans la série ? Et justement par l'intermédiaire des aventures du Guet... Par contre, je n'ai pas encore lu un seul livre sur les sorcières. Ce sera peut-être formidable, je me garde ça pour plus tard !

Bon, si je voulais papoter sur Philip Pullman, c'est pour donner deux infos :

- Déjà, concernant le film La Boussole d'Or, on sait que le bide au box-office américain fait qu'il y a très peu de chances que la suite soit tournée un jour... Pourtant, un nouvel espoir pour moi : les chiffres des dernières semaines à l'international sont enfin arrivés, et le film a remporté beaucoup de succès en Australie et surtout en Corée du Sud. Sachant que culturellement, ce dernier a des points communs avec le Japon, il est possible que le film marche également bien dans l'archipel, où il n'est pas encore sorti. Je croise les doigts ! Au final, le film va bientôt dépasser les 200 millions de $ de recettes à l'international, à comparer aux maigres 61m$ obtenus aux USA pour le moment.

Il y a donc de bonnes chances pour qu'il atteigne les 300 millions de $ au total. Si ce n'est pas suffisant pour que New Line rentre dans son argent (on estime généralement qu'un film ne rentre dans ses frais qu'à partir du moment où il double son budget au box-office -- ne pas oublier les intermédiaires qui prennent leur part des bénéfices), il est tout à fait envisageable désormais qu'ils mettent en chantier ne serait-ce que le second film : après tout, 20 minutes en existent déjà, une partie du film se déroulera dans notre monde (c'est toujours moins cher à produire ;)), et il n'y aura pas eu les années de développement du premier, donc c'est autant d'argent d'économisé...

Edit -- http://nz.entertainment.yahoo.com/071209/5/37ga.html
D'après cet article (et quelques autres, d'ailleurs), New Line a vendu les droits du film pour l'étranger contre une somme nette, du coup le succès à l'étranger n'est qu'un indicateur pour eux, et absolument pas un cadeau particulier, puisque ça ne leur apporte rien. D'après l'article, New Line est déçu des résultats mais rassure (les actionnaires ?) en disant que le film est rentré dans son argent en revendant les droits à l'étranger, donc (60% selon eux, soit environ 100m$, mais 75m$ selon d'autres sources... Ca reste à vérifier), ainsi qu'avec des investisseurs extérieurs et des allègements d'impôts, donc le mot officiel c'est que le budget était remboursé à "70-80% avant sa sortie". Reste à savoir si ces 70-80% prennent en compte le budget marketing (ça m'étonnerait...). Il faudra ensuite y ajouter :

- environ 40m$ de bénéfices nets du box-office américain (les studios obtiennent environ 55% du box-office officiel, et TGC finira entre 65 et 75m$),
- les ventes des droits TV (minimum 15m$)
- et les DVD -- ça peut s'élever à plus de 200m$ comme Pirates des Caraïbes 3, mais n'exagérons pas... Stardust a fait 8m$ dans sa première semaine en DVD, pour comparer. Je table sur 40 à 80m$.

Si l'on prend le chiffre le plus bas (70% de budget rentabilisé, sur une base de 180m$), ça nous fait donc 126m$ + 40m$ + 15m$ + 40m$ = 220m$... Le film sera donc rentabilisé, mais de justesse. S'ils en font un deuxième, on peut tabler sur les mêmes chiffres au box office (à peu près), un budget amoindri (moins d'effets spéciaux nécessaires, préproduction inutile, et 20mn "gratuites") et peut-être une meilleure négociation des droits à l'étranger, puisque c'est définitivement là que TGC aura le mieux marché... (Entre 250 et 300m$ pour le résultat final à l'étranger.)

Edit 2 -- http://www.moviesonline.ca/movienews_13636.html
D'après une interview du réalisateur datée d'avant la sortie du film, si ce dernier marche, les deux films suivants seront réalisés d'affilée, à la manière de Pirates des Caraïbes ou de Matrix. Mais il sous-entend qu'il faudrait que le premier soit un gros succès... Ce qu'il n'a pas été. :(

Fin de l'Edit...

- Ensuite, je viens d'apprendre avec surprise qu'il existe un téléfilm basé sur le premier livre de la série des Sally Lockhart, "The Ruby in the Smoke" (La malédiction du Rubis). Il a été diffusé en 2006 en Angleterre.

http://www.amazon.com/Sally-Lo...erpiece-Theatre/dp/B000NIBUP8/

Sally y est interprétée par Billie Piper (Rose dans Doctor Who saisons 1 et 2), ce qui n'est pas un choix très judicieux mais bon... Pourquoi pas. Le téléfilm n'est pas très bien noté mais il a suffisamment bien marché pour que le second livre (mon préféré !) soit adapté. Je suis... curieux de voir cela !

Un lien vers une vidéo qui spoile : http://www.cittagazze.com/news.php?id=655

Edit -- en fait, le deuxième téléfilm a été diffusé pour le réveillon... :^^;: Il est trouvable aux endroits habituels.