J'aurais pu appeler ce billet "Je ne sais plus qui je joue", en référence à un autre de mes billets populaires, mais c'est déjà assez compliqué comme ça... Alors voilà, ce n'est pas honteux, je vous le dis de go, je suis nul aux jeux de plate-formes. Tellement mauvais que je n'ai jamais dû dépasser le niveau 2 à Super Mario, et que je n'aurais jamais pu terminer le RPG Xenogears (le meilleur scénario de jeu de tous les temps, alleluia) si je n'y avais pas joué sur émulateur, pour pouvoir sauvegarder juste avant un saut horriblement compliqué à faire à l'entrée d'une tour. Ah mes aïeux, que de souvenirs. Donc je disais, je n'ai aucune patience et encore de coordination manuelle pour ces bizarreries. Et surtout, peut-être, je n'ai jamais compris la logique qui sous-tend le fait d'avancer, de sauter sur la tête de petits monstres et de récupérer des clés. Bon, ben c'est exactement le concept de Braid, le dernier jeu de plate-formes à la mode. Et j'y ai joué, à ce truc. Non. Si. Non. Bon, j'ai lâché mon pad au bout d'une heure parce que ça commençait à devenir pénible, mais j'ai quand même tenu pendant presque deux mondes. Un exploit pour moi. La raison à ça, un article dithyrambique dans le dernier Canard PC, accompagné d'une note de 10/10, la première il me semble (ou du moins la deuxième) depuis la naissance du mag'. J'ai forcément été intrigué par les promesses d'un jeu qui redéfinit le genre et pose de nouvelles bases pour le futur de par son scénario. Bon, alors je l'ai lancé. C'est comme Super Mario en effet, il est petit, il court après une princesse dans des mondes qui se terminent systématiquement par un château, mais il est roux, il est en costard et quand il arrive devant la porte, un petit monstre en sort pour s'excuser : "ah non, elle n'est pas dans ce château-ci". Ah bon. Merci du renseignement. Alors on continue, on s'extasie devant les nombreuses idées originales du jeu (on peut "rembobiner" l'action en temps réel, éliminant le concept de mort mais permettant du coup à l'auteur d'imposer une grande précision dans les actions), et à chaque monde on en rajoute une couche. Des objets qui résistent au rembobinage (vous prenez une clé immunisée, rembobinez, hop, vous êtes revenu au début du niveau mais vous avez toujours la clé sur vous), des niveaux dans lesquels le temps s'écoule à l'endroit quand vous avancez vers la droite, et à l'envers quand vous avancez vers la gauche (amusez-vous à imaginer le truc), et dans le dernier monde, le temps se déroule à l'envers en permanence, et à l'endroit quand vous le rembobinez.  | Un héros, un méchant, une princesse... Trois possibilités. |
Voilà pour le concept... Le graphisme est beau, enchanteur même, avec son côté peinture champestre, des effets de couleurs sur l'herbe ou le soleil, le sens du détail est impressionnant. Ou impressionniste si vous voulez. La musique est tout aussi réussie, voyez les vidéos plus bas. Ce sont elles qui m'ont permis de "terminer" le jeu, quoique d'une manière nettement moins glorieuse qu'à la roots, mais ça va, j'ai une vie quand même. Et même sans y jouer moi-même, j'y pense encore au point d'en parler ici. Mais pourquoi tant d'amour ? Pour un simple détail du scénario. Je vous explique. Au début de chaque monde, on passe devant une série de livres qui contiennent de beaux textes écrits dans un style littéraire prononcé, et qui nous mettent en bouche pour les concepts du monde à venir. Ainsi, la petite amie du héros l'aurait quitté parce qu'il lui aurait fait un sale coup, et qu'elle n'arriverait pas à l'oublier. Mais comment est-ce possible, puisque notre héros Tim peut, comme son prénom l'indique (ajoutez-y un noeud), manipuler le temps à sa guise ? Et d'ailleurs, pourquoi commence-t-on dans le deuxième monde et pas le premier ? Où est-il, ce premier ? Mais à la fin, bien sûr. Le dernier niveau est aussi le premier, celui qui précède le début de l'aventure. Alors on joue en boucle ? Oui, sauf si l'on arrive, à force d'abnégation et de patience, à débloquer un élément qui permettra enfin au héros de rejoindre sa princesse... Et de confirmer la vérité qui se cachait déjà dans ce fameux dernier niveau. Si vous n'avez pas l'intention d'y jouer, je vous renvoie donc vers cette vidéo du dernier/premier niveau du dernier/premier monde... Tim retrouve enfin sa princesse, capturée par un Donkey Kong en armure, qui descend de sa liane et perd son contrôle. Elle s'enfuit, appelle à l'aide, le méchant lui intime de redescendre ("come down here!"), puis elle se met à courir... Tim est juste en dessous, il essaie de la rejoindre, nombre d'obstacles se dressent sur sa route, heureusement la princesse l'attend à chaque fois pour tirer sur le levier qui lui laissera le chemin libre. Fin du niveau... La chambre de la princesse. Tim peut enfin la retrouver. Il s'approche et... Le temps se fige. Le jeu commence maintenant. On ne peut plus rien faire, sauf rembobiner le niveau jusqu'au bout, et assister, médusé et ébloui, à la véritable introduction. Alors oui, il y a un épilogue, qui nous explique en texte que tout cela n'est qu'une métaphore du Projet Manhattan, c'est magnifique, mais pour ma part, c'est ce dernier niveau qui m'aura marqué. L'histoire complète, du moins une version possible, est trouvable ici. Un walkthrough complet commenté en vidéo HD est disponible là (dans le désordre). Le premier monde visité se regarde en HD là, et le dernier en deux parties avec épilogue ici et là. Bon, ben merci YouTube et merci à ceux qui ont pris ces vidéos, c'est comme si on y était !
Et hop, un placeholder de plus pour centraliser les discussions sur la Naine Rouge... Après plus de dix ans d'une absence intolérable, le nouvel épisode (3x25mn) de la série la plus drôle d'outre-Manche arrive ce week-end, et je sens que je vais me replonger avec délice dedans... Il suffit de voir la nouvelle hologrammette qui passera dans les épisodes... On est quand même un cran au-dessus de la Kochanski, là. Attention aux spoilers : ce lien propose les synopsis (des résumés succincts, donc) des trois épisodes de cette arlésienne. Alors forcément, le premier n'est pas très spoïlant, mais les suivants le sont un peu plus.
 Parfois, dans la vie, on se dit qu'on a bien de la chance. Par exemple hier, j'avais envie de manger un cheeseburger, et ça tombait bien, il y en avait un dans le congélateur. Ah oui, et aussi, j'ai vu, en compagnie de Damien, les six premiers épisodes de la saison 6 de Kaamelott, à l'avant-première au Grand Rex. Il n'y a guère d'autre mot : c'était exceptionnel. Cette saison est très différente des précédentes. A.A. est clairement devenu l'un des meilleurs réalisateurs de sa génération, combinant un sens inné du rythme avec des envolées lyriques rappelant la saison 5. On rit beaucoup (on a même droit à un DTC, si si !), on découvre les us et coutumes de la Rome vieillissante, et on partage des tranches de vie souvent touchantes. On fait la connaissance de nombreux nouveaux personnages, géniaux pour la plupart, on apprend la "vérité" sur la raison pour laquelle Karadoc aime autant la nourriture (et elle est vraiment surprenante !), et surtout, surtout, ça a franchement épaté toute la salle entière : la raison pour laquelle Arthur n'a jamais touché Guenièvre ! Non, je n'en dirai pas plus... J'ai envie de me replonger dans cet univers-là, à cheval entre les clodos de Bretagne et la décadence romaine. On a l'impression que chacun de ces peuples est conscient de ses propres limites, de sa propre destinée. Mention spéciale à Pierre Mondy qui nous "fait un Guy Bedos", dans le sens où on se méfie en le voyant dans sa première scène, où il nous conquit dans la deuxième, et nous émeut profondément dans ses dernières. On voit également pas mal Caius (je suis fan donc je cautionne), et quelques autres, mais il faut que je laisse quelques surprises, hein ?  Bon, puisque je ne peux pas trop parler de la saison sans spoiler, rallumons la lumière et passons à la vie réelle... Alors concernant les gens présents, il y avait juste Alexandre Astier, qui a fait une mise en bouche marrante au début, puis c'est tout. Il avait annoncé qu'on aurait un bonus à la fin, mais rien. J'ai filmé son intervention, son et image pourris comme d'habitude, je l'ai mis sur YouTube en attendant que quelqu'un propose mieux.
 | Les trois petits pédestres. |
François Rollin et le père de Léodagan (Goustan) étaient présents dans les rangées près de nous. En sortant, on a croisé en vrac : de nouveau François Rollin, puis JC Hembert/Karadoc (inaccessible de par une marée humaine impressionnante malheureusement), et en face du Rex, une autre marée humaine à nouveau, pour quelques acteurs qui se sont fait un bain de foule de plus d'une heure : Simon Astier (j'ai pu vaincre ma timidité et lui dire tout le bien que je pensais de son formidable Hero Corp, et prendre une photo avec Aurélien Portehaut), mais aussi les acteurs de Père Blaise, Calogrenant et l'assistant de Lancelot (le bon copain de Simon Astier qui jouait aussi dans Hero Corp). Conclusion : les cheeseburgers, c'est bon, mais ceux de chez Picard sont meilleurs que ceux de Charal, et rendez-vous sur Spaamelott pour discuter de la série en long et en large avec trois pelés et un tondu, ou même une poulette et trois glandus.
Encore un billet plein de spoilers, donc... Si vous n'avez pas vu l'épisode final de Galactica, passez votre chemin parce que c'est de ça que je vais parler. Il y a près de 5 ans, je publiais sur Cynarhum un message en forme de coup de gueule sur une repompe que je trouvais assez éhontée. Le message concernait la série Wolf's Rain et vous pouvez encore passer votre chemin, là aussi. Sinon, allez le lire in situ.  Des années plus tard, je découvre Galactica, et immédiatement se pose la fameuse question : s'ils arrivent sur Terre, à quelle époque ça sera ? Trois possibilités : le présent (déjà vu dans Galactica 1980), le futur, ou le passé. Le futur a été plus ou moins abordé dans l'épisode "Révélations", où ils découvrent l'ancienne Terre. Il restait la possibilité du passé. Comme j'avais été assez marqué par cette histoire sur Wolf's Rain, je m'étais immédiatement mis en tête que s'ils arrivaient dans un passé lointain de la Terre, ça serait la nôtre, et ils la coloniseraient, et on nous apprendrait ainsi que nous sommes tous leurs descendants. Bon, ben ça n'a pas raté...! Ron D. Moore avait déclaré dans une interview il y a quelques semaines qu'il voulait une "fin choc" et originale, et qu'il était déçu de ne pas avoir pensé à la fin des Sopranos, pour plaisanter. Dans le même esprit, une discussion récente avec un ami m'a appris que RDM avait l'intention de terminer sa série DS9 sur la destruction de la station éponyme, projet qu'il avait dû abandonner parce que Babylon 5 s'était terminé dans des circonstances similaires - et Dieu sait combien RDM voulait éviter de donner matière à débattre aux fans de l'une ou l'autre série à propos de leurs nombreuses similitudes. Pourtant, B5 se terminait sur un caméo de l'auteur de la série, JMS. Et BSG se termine sur un caméo de l'auteur de la série, RDM. Premier point : finalement, ça ne le dérangeait pas tant que ça, de finir sur des hommages à d'autres oeuvres...?  Mais bien entendu, ce n'est pas la plus frappante des similitudes avec une autre oeuvre. Comme mentionné plus haut, le concept entier de la fin semble repris de Gall Force - Eternal Story, film d'animation sorti en 1986 au Japon. Je reprends donc : deux races (monstres contre femmes) qui se battent depuis des siècles, création d'un hybride entre monstres et femmes qui devient un "homme", destruction des deux races, crash sur la Lune, et les deux survivants vont sur la Terre du passé et deviennent Adam et Eve. Le rêve créationniste passé à la moulinette de la science-fiction-bouillabaisse japonaise : délire. La version Galactica ? Deux races (robots contre humains) qui se battent depuis des décennies, création d'un hybride entre robots et humains qui deviendra la future mère de l'humanité, destruction d'une des races, arrivée sur la Terre, et les survivants renoncent à la technologie pour se mêler aux populations préhistoriques locales. Le rêve évolutionniste passé à la moulinette d'une science-fiction intelligente et posée : bien vu, mais... Pas si original que ça, finalement, non ? Il y a peut-être d'autres exemples, peut-être Gall Force est-il même pompé sur une autre oeuvre antérieure, après tout je commence à lire un livre de Christopher Priest dont le sujet [1] me semble, vous l'aurez sans doute remarqué vous aussi, repris de Galaxy Express 999... Paru quelques années avant. Coïncidence ou pas ?  Je ne sais pas, moi, monsieur, ne tirez pas sur le messager... Mais alors que Wolf's Rain m'avait particulièrement énervé dans la repompe, ici j'ai presque senti cela comme une coïncidence, la rencontre des grands esprits. Et j'ai donc pleinement profité de l'ensemble du final de la série, grandiose à tous points de vue, et dont les images me hantent encore l'esprit vingt quatre heures après leur découverte. Je pense qu'on en parlera encore avec intérêt dans les années à venir. Maintenant, si vous voulez commenter le dernier épisode, n'hésitez pas à le faire ici ! Les spoilers sont autorisés, bien sûr. (Et j'ai repris les images de Galactica du blog de Mo Ryan sur le Chicago Tribune, merci.)
Bon, je commence à me passer un peu le premier épisode de Casshern Sins, la nouvelle série qui dépote de Shigeyasu Yamauchi...  Le générique ! - Euh c'est quoi ces images...? On dirait qu'il n'a pas été terminé à temps... Il n'y a pas la moindre animation... Ca ne ressemble pas du tout à un générique de début, ça... Ca va complètement à contrepied  - La chanson, bof... - Le staff commun avec Saint Seiya ! Il semblerait que Yamauchi ait réussi à débaucher les artistes suivants : - Kimitoshi Kawasaki (prise de son du Tenkai) - Kunio Tsujita (sélection des couleurs --> ça veut dire qu'on aura peut-être des news d'insider croustillantes sur kunion.com  ) - On notera (tout le monde ne le sait pas) que Kaoru Wada, le compositeur, était déjà celui qui avait fait des prouesses sur Mushiking... Au vu de ses premiers travaux sur Casshern, on est dans le même style.  Bon, j'ai regardé quelques scènes... C'est un mélange de très sombre, et de très Yamauchien (la rencontre avec la petite fille). Entendre de nouveau Tôru Furuya, c'est que du bonheur. En plus, le héros ressemble à un Seiya plus âgé...  Tout le doublage en général est superbe. La série est en 16/9, youpi  Générique de fin : story-board et direction technique de Yamauchi... Assistante à la direction technique, Naomi Nakayama, également créditée comme assistante-réalisatrice et "creative producer". Direction de l'animation, Yoshihiko Umakoshi (le chara-designer). Parmi les animateurs, il n'y en a qu'un seul qui me dise quelque chose : Ken Ôtsuka (Hades Sanctuary, Tenkai, Rinkake, B't X, Xenosaga, génériques du Meikai). Chez les intervallistes, on remarquera un Tetsurô Aoki (mais le deuxième kanji de son prénom le distingue de l'intervalliste d'Abel, également chara-designer de Zetsuai), et Tadayoshi Yamamuro (animateur sur le Tenkai). Voilà pour le côté "technique"... Artistiquement, je l'ai dit plus haut, ça m'a l'air d'être du niveau de Mushiking. Et vu qu'il n'y a pas de scarabées en 3D à la con, c'est peut-être la série qui va enfin réveiller tout le monde 
Merci à Diditoff qui a repéré ce message que j'avais déjà lu en anglais il y a quelques décennies. Mais à mon grand regret, il y manque la visualisation de quelques-uns des plus gros poncifs rencontrés dans les séries et films américains. C'est bien simple, je n'en compte plus le nombre. John Smith est assis sur son canapé. Soudain, il entend une sensuelle voix de femme qui lui murmure, "Vous avez du courrier". Il se tourne alors vers l'ordinateur, et regarde l'écran :YOU'VE GOT MAIL(Sur trois lignes, parce que les caractères font 2 mètres de haut) Il appuie sur la touche Shift, et immédiatement, son logiciel de courrier ouvre une fenêtre maximisée, avec le contenu du mail qui s'affiche rapidement, caractère par caractère (c'est encore plus rapide que sur un Minitel), là aussi en fonte gigantesque, tandis qu'un synthétiseur vocal lui lit le mail dans un parfait accent.
Il suffit alors qu'il dise, "Commint ? Robbie a eu un tuyau trouvé sur un ordinateur hacké du KGB, selon lequel Jessica a été kidnappée par mon plus terrible ennemi, l'Homme de Bronze ?!" et l'ordinateur le met immédiatement en relation avec le commissaire McCartney.
Et donc là, une fenêtre de chat s'ouvre, avec un texte plus petit parce que la caméra a eu le temps de faire un gros plan. John tape "nmsmnsmnssmdn", l'écran affiche donc naturellement "Commissaire, Jessica a été kidnappée !", et moins d'une seconde plus tard, la réponse s'affiche :Commissaire McCartney> J (bip)Commissaire McCartney> J' (bip)Commissaire McCartney> J'a (bip)Commissaire McCartney> J'ar (bip)Commissaire McCartney> J'arr (bip)Commissaire McCartney> J'arri (bip)Commissaire McCartney> J'arriv (bip)Commissaire McCartney> J'arrive (bip)Commissaire McCartney> J'arrive ! (bip)Le tout en temps réel. Le texte ne peut pas revenir en arrière, car comme chacun sait, le commissaire McCartney ne fait jamais de faute de frappe, d'ailleurs le concept de touche Backspace n'existe pas dans les films américains. Quand on fait une erreur de frappe, c'est que c'est l'ordinateur qui a été piraté pour vous empêcher de taper le bon mot, on lui colle une balle ou deux et il repart. Mais à la fin, heureusement, on découvre que Robbie s'était trompé, Jessica était juste allée faire caca.
D'habitude, les double-épisodes de Doctor Who, ça me lourde un peu l'estomac, comme un sandwich grec avec trop de viande... C'est juste là pour étirer en longueur des scénarii sans grand intérêt avec plein de scènes d'action qu'il faut rentabiliser.  Hier, j'ai vu le meilleur épisode de la série. Sans contestation possible pour moi. Meilleur épisode parce qu'il ne souffre d'aucun temps mort ? Parce qu'il est d'une inventivité qui fait honneur à la marque de fabrique de la série ? Parce qu'il est à la fois drôle et émouvant, sans pour autant verser dans l'habituel chantage aux larmes ? Parce qu'il est appréciable de voir une histoire s'adresser autant à notre froid et calculateur cerveau qu'à nos tripes, nos peurs irraisonnées et nos ressentis les plus enracinés ? Parce que, selon cette expression que j'aime particulièrement, "le tout est encore meilleur que la somme de ses parties" ? Silence in the library/Forest of the dead (saison 4, épisodes 8 et 9) n'est pas particulièrement bien noté sur GEOS, mais il a été plébiscité à pas mal d'autres endroits. Ce double-épisode est écrit par Steven Moffat, "LE" Steven Moffat pour qui j'avais déjà énormément d'admiration (auteur de la très belle mini-série "Jekyll", mais aussi, dans Doctor Who cette fois, d'épisodes aussi inventifs que "La petite fille de la cheminée" et "Blink"). "LE" Steven Moffat qui va reprendre les rênes de Doctor Who après le départ de son showrunner actuel, l'année prochaine. Ô joie.  Le pitch : le Docteur reçoit un message étrange d'une inconnue demandant sa présence et son aide. Il débarque ainsi au 51ème siècle en compagnie de Donna Noble, la nouvelle "compagne" (pas très sexy mais définitivement beaucoup plus drôle et attachante que Martha et même Rose), sur la plus grande bibliothèque de l'univers -- une planète entière contenant l'intégralité des publications existantes. Il y a un siècle, une catastrophe mystérieuse a instantanément tué les quatre mille rats de bibliothèque qui étaient présents sur place. La quarantaine levée, le propriétaire de la planète organise une expédition pour comprendre les raisons de ce drame. C'est la directrice de l'expédition qui fait appel au Docteur dans le même temps... Et elle, contrairement à lui, semble bien le connaître. On retrouve ici des éléments de tous les précédents épisodes de Moffat : une enfant qui a des "visions" du docteur ("La cheminée"), une scène où le docteur apparaît (à la petite fille) via la télévision ("Blink"). Sans oublier les "méchants" ("Blink") et les disparus ("The Doctor Dances"), mais je ne peux pas m'étendre sur ces sujets...  Alors voilà, ça dure 1h30. Est-ce que c'est une bonne idée de scénario qui se retrouve étalée sur deux épisodes pour l'exploiter un peu mieux que Blink (qui aurait mérité dix bonnes minutes de développement supplémentaire) ? Non. SITL/FOTD, c'est une bonne idée à la minute. Et je dis ça sans plaisanter, ni sans exagérer. J'étais soufflé à chaque scène. Au bout d'un quart d'heure, on voit arriver une équipe de nouveaux personnages. "Ah, mais voilà la chair à canon de l'épisode !". Et oui, dans Doctor Who on a aussi nos Red Shirts... Et d'ailleurs ça n'y manque pas, ils y passent en grande partie. Sauf que même là, les morts sont originales, il y a une véritable émotion (les data ghosts, bon sang, quelle trouvaille phénoménale !), on s'attache aux personnages alors qu'ils n'ont que quelques lignes de dialogue (mention spéciale à "Other Dave" pour moi  ), et ils ne meurent pas "bêtement". Pas de place pour le manichéisme non plus, chaque personnage étant plus finement étudié que d'habitude, même les moins intéressants a priori.  Le meilleur nouveau personnage est sans conteste l'archéologue, River Song (voir la photo à droite), qui se paie le luxe de changer du tout au tout le personnage du Docteur. Le premier épisode développe une mythologie mystérieuse et vraiment stimulante. Le second, lui, apporte les réponses à la majorité des questions qu'on se pose. Et uniquement à celles dont on veut vraiment les réponses -- parce que, comme dans les plus belles histoires, il y a des réponses qu'on préfère imaginer soi-même. En tout cas, une chose est sûre : en bon amateur éclairé, mélange de naïveté et d'une pointe de cynisme, j'ai souvent rêvé un "épisode idéal" de Doctor Who. Mais celui que j'ai vu hier était nettement meilleur. C'est vous dire... PS : pour mon avis sur les premiers épisodes de la saison 4, je vous renvoie vers le billet de l'autre Nao, mon odore di femina à moi. Je suis d'accord avec la plupart de ses commentaires, sauf que je me suis un peu ennuyé sur l'épisode des Sontorons... Sontariens, je ne sais plus. Ah, et cette Donna... Elle est drôle ! Elle a une alchimie avec le Docteur ! Ne me la tuez pas, siouplé !
Le Monde du Fleuve de Philip José Farmer est une des sagas classiques de la science-fiction low-tech. Son premier tome a obtenu (et largement mérité) le prestigieux Hugo Award du meilleur roman. Le genre de lecture dont on a l'impression de ressortir plus intelligent, et en tout cas plus cultivé. C'est important, la culture.  Concept : 36 milliards d'humains, issus de la préhistoire à notre ère, sont ressuscités au même moment, au même endroit : une planète terraformée pour n'être qu'une interminable vallée traversée d'un fleuve s'étalant sur des millions de kilomètres. Les lazares ont de nouveau 25 ans, un corps imberbe (les cheveux repousseront plus tard) et en pleine santé, et la vie (ou la mort) devant eux. Accompagnés d'un Graal (une boîte indestructible qui leur fournit régulièrement mets succulents et cigarettes), ils ne vieilliront désormais plus, et s'ils meurent sur ce monde, ils sont ressuscités le lendemain à un autre endroit du Fleuve. Paradis, Enfer ou Purgatoire, chacun se fait sa propre idée. Il n'y a pas de mode d'emploi fourni avec cette résurrection. Les bonnes vieilles habitudes terrestres reviennent rapidement : meurtres, viols, suicides, esclavagisme et torture côtoient naturellement d'autres idéaux : ceux des néo-hippies qui décident de réinventer à la sauce résurrectionnelle la vie communautaire et la révolution sexuelle, rappelant la période où furent écrits ces livres; ceux des religieux qui pensent être là par la grâce divine, et se mettent en quête du salut de leur âme; et enfin ceux des cartésiens, qui n'ont pour la plupart qu'une seule obsession : connaître la raison de leur présence ici. Certains humains sont rapidement contactés par un "Mystérieux Inconnu", alias X, qui se présente comme un Éthique, la race responsable de leur résurrection, qui a besoin de l'aide des meilleurs représentants du monde terrien pour conquérir le Saint-Graal, la Tour des Éthiques située aux sources du Fleuve, dans la mer polaire, et l'aider à déjouer les plans tout aussi mystérieux, mais visiblement pas si éthiques que cela, de ses congénères pas peu fiers.  Ainsi, Richard Francis Burton, explorateur du Nil, prend la route vers les sources d'un fleuve autrement plus majestueux. Pendant soixante ans, il passera d'une embarcation à l'autre et rencontrera des dizaines de personnalités importantes, en compagnie de la fidèle Alice Liddel, l'inspiratrice du Pays des Merveilles. Il devra déjouer les plans de nombreux agents des Éthiques infiltrés parmi les humains, et tenter de retrouver les autres privilégiés qui ont été contactés par X. Si cet aspect du récit est passionnant, ce n'est malheureusement pas le cas de la "B Story", l'histoire parallèle, centrée cette fois autour de Sam Clemens, alias Mark Twain. Lui aussi contacté par X, il réussit après des années d'acharnement à construire un bateau à aubes, pour se le faire voler aussitôt. L'intégralité du tome 2, puis la moitié des tomes 3 et 4, est consacrée à son histoire, et à sa quête des sources du Fleuve, qui est largement éclipsée par son obsession de rattraper le bateau qu'on lui a volé, et de se venger. L'idée de départ est bonne -- montrer par A plus B que la recherche de la vengeance entraîne souvent bien plus de malheurs, comme les conflits modernes nous le rappellent chaque jour. Mais l'exécution est ratée : on passe vraiment trop de temps à attendre que ce fougueux Clemens passe sa crise d'urticaire sur autre chose qu'un foutu bateau. Heureusement qu'il est bien accompagné. Le tome 3 se concentre également sur la fabrication d'un dirigeable et sa tentative d'assaut de la Tour. Encore une aventure passionnante, mais qui se termine en carnage. Surtout qu'entretemps, les "petites résurrections" ont mystérieusement cessé. Une manière de remettre un peu de tension dans un univers trop lisse ? Mais les faits sont là : la saga est au moins aussi connue pour la qualité époustouflante de son pitch, que pour ses problèmes de rythme. Dans l'absolu, j'imagine qu'on pourrait obtenir un livre parfait en supprimant la quasi-totalité des tomes 2 et 3, et en se concentrant sur les aventures de Burton.  Mais les quatre livres ont pourtant d'autres atouts dans leur poche. D'abord quelques personnages vraiment attachants, comme Joe Miller le géant préhistorique avec un cheveu sur la langue et une propension à la générosité et à l'humour intello. Monat l'extra-terrestre intrigant mais chaleureux. Goering, le second d'Hitler, poursuivi par ses démons et qui montre que la rédemption n'est pas un vain mot. Piscator, le Japonais sage, discret et adorable. Et bien sûr Cyrano de Bergerac, le truculent, l'ineffable bretteur. Et si Farmer n'est pas l'écrivain le plus agile de sa génération, il n'en est pas moins délicieusement érudit. Et comme la plupart des têtes trop pleines, il aime étaler sa confiture. Chaque personnage, connu ou moins connu, nous déroule sa biographie terrienne, parfois sur de nombreuses pages. Chacun a sa propre philosophie personnelle, ses idées sur la religion, la sexualité, les relations sociales, et ne se prive pas pour les partager. Inutile de préciser que le choix de Burton pour héros, bête sauvage aux multiples facettes, était d'autant plus indiqué. En somme, en dehors de la Grande Aventure de la Mort, c'est avant tout à un laboratoire ultime de la Vie auquel nous assistons : on donne à l'humanité la chance de s'améliorer, en l'unissant avec toutes les ethnies de toutes les époques, et lui laissant la denrée la plus rare sur Terre : le temps de la réflexion. Rien que pour ça, j'ai bien envie de reprendre mes rames et de pagayer vers de nouvelles pages de l'auteur. (Écrit le 3 mai... Oui, c'est un peu long comme délai de publication )
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